25 mai 2018

Pour la toute première fois, la poésie va trouver sa place dans le monde de la franchise, plus généralement dédié aux affaires. Nous vous offrons cette semaine une fable, qu’aurait certainement pu composer Jean de la Fontaine…

I – Début de la fable

Cadre depuis longtemps au sein d’un groupe en vue

mais remercié un jour suite à un plan social

un jeune loup en colère se dit  « on ne m’y prendra plus »

et décida soudain de fonder en local

une nouvelle entreprise dont il serait le maître,

se protégeant ainsi des humeurs d’un patron,

de ses sautes d’humeur et autres coups en traître.

Sitôt dit, sitôt fait, sa volonté solide autant que du béton

l’ex salarié transi chercha dans quel projet

il pourrait bien demain mettre tout son courage,

s’abonna aux revues et hanta internet,

consacrant heure sur heure à chercher à son âge

quelle enseigne ou franchise pourrait lui correspondre

quel métier exercer, quel budget investir

en un mot dans quel groupe il pourrait bien se fondre

trouver sa place et réussir.

II – Naissance du projet

Un jour il rencontra, visitant le salon

une charmante belette présentant son concept.

Conquis et rassuré, il le trouva fort bon

et finit en trois mois par annoncer « j’accepte ».

Le principe était simple et l’idée lumineuse :

Il serait le premier à ouvrir en province

une boutique de mode telle que, toujours radieuse,

décrivait la belette sa tête de réseau. « Un prince

du bon goût, arbitre d’élégance ;

voilà ce qu’en un an, je peux faire de vous

si, renonçant d’un coup à toute indépendance

vous lisez mes tableaux et les suivez en tout ».

III – La réalisation

Fort de ses convictions et de prévisionnels

fournis par la franchise et précis en tous points

le jeune loup se voyait, en grand professionnel

connu et reconnu, célèbre dans son coin.

Fidèle à son modèle jusqu’au moindre détail

il mena des travaux qui filèrent bon train

ne lésina en rien sur le coût de son bail

ni sur tous les budgets qui lui coutèrent un rein.

Dépensant sans compter, empruntant tant et plus

qu’il était bien certain, comme l’avait fait sa muse

de rentrer dans ses fonds et gagner son bonus

sans avoir nul besoin de force ni de ruse,

en appliquant seulement la méthode fournie

répliquant simplement un mode de gestion

qui avait fait ses preuves à Paris.

Et voilà bien pourquoi sans poser de question

le loup a dépensé sans jamais les compter

son temps et son argent, jusqu’à n’avoir plus guère

ni l’un ni l’autre en vérité

IV – Désillusions

Son magasin ouvert avait bien fière allure

mais les clients locaux, effrayés par son style

le contournaient souvent tant ils étaient bien surs

qu’on ne pouvait chez eux se vêtir comme en ville.

De sorte qu’au bout de deux années à peine

ayant tout dépensé sans jamais faire de chiffre

le loup désargenté se trouvant à la traîne

gémit après belette de subir tous les affres

d’une gêne constante et qu’elle avait promis

des gains faciles et grands, presqu’une fortune

s’il suivait son exemple en dehors de Paris,

créait une boutique et peut-être pas qu’une

semblable à ses pilotes et ses tableaux Excel.

Ce à quoi rétorqua la belette sincère

qu’en tant que candidat il avait la part belle

de connaitre le lieu ou il avait hier

implanté son projet sans jamais s’émouvoir

du manque de moyens de clients trop ruraux

s’imaginant fort mal et ne pouvant pas croire

qu’ils porteraient un jour des vêtements si beaux.

V – Epilogue

S’il fallait de ces vers tirer une maxime

dont  ferait son profit notre ami franchiseur

ce serait de laisser, et ce n’est pas un crime

le candidat lui-même établir la valeur

de ses prévisionnels, quitte à lui prodiguer

des conseils et des chiffres tirés d’une expérience

précieuse au candidat mais jamais destinée

à remplacer des lieux toute sa connaissance.